Nathalie Pubellier
Depuis plus de vingt ans, les allers-retours constants entre création et transmission nourrissent ma recherche. C’est dans ce mouvement que s’est construite une démarche où le mental et le physique ne s’opposent pas, mais s’articulent.
Au cœur du travail : l’exploration des perceptions sensorielles. C’est par elles que le danseur accède à une matière de corps plus consciente, plus disponible, plus vivante.
Je ne cherche pas à produire une forme, mais à faire émerger un état.
La quête du mouvement fondateur
« Le fond, c’est la forme qui remonte à la surface. » Aller à la racine du mouvement. Le percevoir comme une combinaison de sensations, un dialogue continu entre l’action et la perception. C’est dans cet aller-retour que le geste se transforme, se décante, et laisse apparaître ce qui le fonde. La contrainte y joue un rôle essentiel. Non pas comme limite, mais comme point d’appui. C’est par la justesse de la contrainte que la liberté devient possible. La répétition agit comme un filtre : elle retire l’effet, l’anecdote, le spectaculaire, pour laisser émerger l’essentiel.Corps conscient, construit, mobile et disponible
Être disponible, ce n’est pas être relâché. C’est être prêt. Prêt à percevoir, à ajuster, à transformer. Le travail s’appuie sur une écoute fine des sensations, afin de permettre au danseur d’accéder à une coordination complexe et vivante. Peu à peu se construit un corps capable de traverser différentes écritures, tout en restant ancré dans une perception claire de lui-même.Le corps musical
Danser, c’est écouter. Le rythme naît du mouvement lui-même, de ses dynamiques internes et de ses durées. Le corps du danseur est un instrument en transformation constante. C’est à partir de cette instabilité que se construit la musicalité.L’art du danseur est bâti sur une attitude d’écoute qui implique tout son être..
— Martha Graham
Le corps dansant
Revenir à la matière danse, quel que soit le niveau. Affiner la perception du temps, de la durée, de l’espace entre les gestes.C’est dans cet espace, entre deux mouvements, que se dessine le phrasé.La danse est une manière de vie intérieure…
— Paul Valéry
Vocaliser avec le corps
La voix prolonge le mouvement. Elle en est une émanation. Elle permet d’entendre la texture du corps, d’en révéler les dynamiques, d’en affiner la précision. Le travail de la voix participe à la construction d’un corps musical, capable de faire circuler le sensible. Le cerveau, simulateur du mouvement Le mouvement naît d’une intention. Le cerveau anticipe, projette, organise. Il simule l’action avant qu’elle ne se déploie. La perception est guidée par l’action. C’est dans cet aller-retour entre perception et action que se construit la mémoire sensorielle. Cette mémoire vivante permet au danseur de choisir ses trajectoires et d’inventer sa propre manière d’être en mouvement. (cf. Les Cahiers de l’Étoile n°18, « L’utilisation de la mémoire sensorielle comme outil de composition chorégraphique »)