Nathalie Pubellier
Mémoire sensorielle et composition chorégraphique
En orientant ma recherche chorégraphique vers l’exploration des perceptions sensorielles, une évidence s’est imposée : le mouvement ne se construit pas seulement dans l’action, mais dans le dialogue entre action et perception.Le geste devient alors une combinaison de sensations, un processus en mouvement.
Le danseur ne mémorise pas uniquement des formes : il mémorise des états, des trajectoires internes, une qualité d’expérience.
Cette mémoire sensorielle devient un outil de composition.
Le cerveau joue ici un rôle central. Il n’attend pas que le mouvement advienne : il l’anticipe. Il simule, projette, organise. Il construit une représentation interne du geste à venir et oriente la perception en fonction de cette intention.
Percevoir, c’est déjà agir.
Le mouvement naît de cette circulation permanente entre ce qui est imaginé, ce qui est senti et ce qui se fait.
Dans ce processus, l’anticipation est fondamentale. Elle permet au danseur de choisir ses trajectoires internes, de moduler ses sensations et d’affiner sa présence.
Chaque choix engage une perception singulière. C’est dans cette singularité que se construit une écriture.
La manière dont chacun mobilise ses sensations devient alors une signature. Travailler à partir de la mémoire sensorielle implique une exigence : développer une disponibilité corporelle.
Une capacité à être dans la conscience du mouvement, sans le figer.
C’est cette disponibilité qui rend possible une coordination complexe, vivante, toujours en transformation.
La mémoire devient alors une contrainte active. Non pas une fixation, mais un cadre.
Et c’est précisément parce qu’il y a contrainte que la liberté peut apparaître.